Elikia M’Bokolo : le futur président du Gabon « devra faire au moins aussi bien que Bongo » – Afrik.com : l’actualité de l’Afrique noire et du Maghreb – Le quotidien panafricain

Elikia M’Bokolo : le futur président du Gabon « devra faire au moins aussi bien que Bongo » – Afrik.com : l’actualité de l’Afrique noire et du Maghreb – Le quotidien panafricain.

Elikia M’Bokolo : le futur président du Gabon « devra faire au moins aussi bien que Bongo »
Interview de l’historien congolais, auteur de « Médiations Africaines »

Les Gabonais ont enterré ce jeudi leur président à Franceville, sa terre natale. L’inhumation a été faite dans l’intimité, suivant le rituel traditionnel. Omar Bongo Ondimba aura vécu 73 ans dont près de 42 passés au pouvoir. Le Gabon devra désormais faire face à la question de la succession de son controversé chef d’Etat à qui les observateurs s’accordent à reconnaître, toutefois, de grands talents de médiateur. Le professeur Elikia M’Bokolo, spécialiste de l’histoire sociale, politique, et intellectuelle de l’Afrique, expose sa vision de l’après-Bongo à Afrik.com.

Coïncidence de calendrier ou argument marketing ? Le sous-titre du dernier livre de l’historien congolais Elikia M’Bokolo,Médiations Africaines, paru début juin, aux éditionsl’Archipel, est : Omar Bongo et les défis diplomatiques d’un continent. Dans cet ouvrage, le professeur M’Bokolo soutient que le président gabonais décédé le 8 juin, à Barcelone, a œuvré pendant plusieurs décennies pour la paix et la stabilité. Pas seulement dans son propre pays, mais aussi dans toute l’Afrique. Et il n’est pas le seul à défendre cette thèse. Les pairs africains du défunt président gabonais la soutiennent également. Selon le normalien, agrégé d’Université, et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), aucun chef d’Etat africain ne dispose, aujourd’hui, des atouts de diplomate de feu Omar Bongo Ondimba pour jouer le rôle qu’il avait dans la résolution de conflits en Afrique. Il estime que cette situation peut être une opportunité pour l’Union africaine de devenir un acteur de premier plan dans le règlement des conflits. Il a été joint à Libreville, la capitale du Gabon, où il a assisté aux obsèques du défunt président gabonais. Interview.

Afrik.com : Que retenez-vous du président Omar Bongo, un chef d’Etat controversé à qui on reprochait beaucoup mais à qui on reconnaissait aussi un grand talent de médiateur ?
Elikia M’Bokolo :
 Le président Omar Bongo, c’est d’ailleurs l’objet de mon dernier livre [Médiations Africaines, Omar Bongo et les défis diplomatiques d’un continent]] était un homme désintéressé. Là-dessus, il fait l’unanimité. Il a œuvré pour le maintien de la paix dans son propre pays et dans nombre de pays du continent en particulier dans ceux d’Afrique centrale : Angola, République centrafricaine, Tchad, les deux Congo et même la Côte d’Ivoire. Bongo s’est beaucoup dépensé et a obtenu des résultats probants dans beaucoup de cas comme en Angola, en Centrafrique… Des échecs existent aussi toutefois : la Côte d’Ivoire. Tout le monde lui reconnaît une dimension de « diplomate ». Je me suis amusé en constatant, mardi, lors des obsèques que des chefs d’Etats successifs d’un même pays qui ne s’entendent pas forcément, étaient présents, main dans la main, pour lui rendre hommage.

Afrik.com : Quel chef d’Etat vous paraît, aujourd’hui, à même de jouer le rôle de médiateur d’Omar Bongo en Afrique ?
Elikia M’Bokolo :
Aujourd’hui, on est dans une phase de recherche du successeur d’Omar Bongo dans le rôle de médiateur en Afrique. Cette personne doit avoir l’expérience du pouvoir, le respect et la confiance des acteurs politiques africains. Elle doit avoir les moyens de les inviter chez lui, mais doit aussi être un infatigable voyageur. Le futur « grand médiateur » d’Afrique doit avoir un certain âge comme le chef d’Etat angolais Jose Eduardo Dos Santos, l’Algérien Abdel Aziz Bouteflika, le Tunisien Ben Ali … ou encore le Sénégalais Abdoulaye Wade. Les présidents que je viens de citer ont certes des talents individuels mais on ne leur reconnaît pas la capacité de maintenir la paix et la stabilité chez eux. Ils n’ont pas la même crédibilité qu’Omar Bongo qui a réussi, dans son pays, à convaincre ses opposants de travailler avec lui. Cela peut être une opportunité pour l’Union Africaine (UA) de jouer un rôle de premier plan dans la résolution de conflits sur le continent. Jean Ping, qui a été l’école de Bongo, s’il reste à la tête de l’organisation, peut mettre à profit cette expérience.

Afrik.com : En Afrique centrale, certains observateurs estiment que Denis Sassou Nguesso, le président congolais, pourrait éventuellement jouer ce rôle de médiateur. Il est sexagénaire, il cumule 27 ans de pouvoir donc dispose d’une certaine expérience. Partagez-vous cet avis ?
Elikia M’Bokolo :
 Je doute beaucoup que cela puisse se faire dans l’immédiat. Tout dépendra, je pense, de la manière dont Sassou Nguesso va gérer la période de l’après l’élection de juillet prochain. Contrairement à Sassou Nguesso, le défunt président Omar Bongo est resté continuellement au pouvoir pendant 41 ans. Il a su surmonter les secousses qui ont failli déstabiliser son pouvoir, dans les années 1990. Les observateurs qui étaient présents mardi ont pu remarquer le désarroi de Denis Sassou Nguesso parce qu’Omar Bongo a largement contribué au retour et au maintien de la paix dans son pays.

Afrik.com : Le sous-titre de votre dernier ouvrage, Médiations Africaines est :Omar Bongo et les défis diplomatiques d’un continent. Comment devrait-on faire face à ces défis avec le décès d’Omar Bongo ?
Elikia M’Bokolo :
 Faire face à ces défis, c’est déjà les identifier. Ce sont, d’une part, les conflits au Soudan, au Tchad, en RDC…, les situations post-conflits qui peuvent dégénérer à tout moment dans de nombreux pays. D’autre part, c’est la question de l’intégration qui se pose à deux niveaux : régional et continental. Au niveau régional, le décès d’Omar Bongo, qui s’est battu pour l’intégration de la Cemac, est d’autant plus dur que c’est en Afrique centrale que le processus d’intégration est le moins avancé comparativement à l’Afrique de l’ouest, l’Afrique australe… A l’échelle du continent, Omar Bongo a été l’artisan de la création des commissions, ad hoc pour le règlement de conflits de l’UA. Des commissions qui malheureusement ne sont pas opérationnelles fautes de moyens. Une fois ces défis identifiés, il faut se poser une question : est-ce qu’il y a un chef d’Etat ou un groupe de chefs d’Etat ou une structure pour prendre le flambeau laissé par Omar Bongo.

Afrik.com : Au plan national, il est reproché à Omar Bongo de n’avoir pas désigné un dauphin pour lui succéder. Conséquence : des observateurs craignent qu’une guerre de succession plonge le Gabon dans une crise. Que pensez-vous de cette réflexion ?
Elikia M’Bokolo :
 C’est un raisonnement bizarre. Je crois que c’est un point de vue de la presse française et d’une partie de la presse panafricaine. Tout se passe comme si Omar Bongo aurait dû désigner une personne et l’imposer au peuple. S’il avait fait cela, ce sont ces mêmes personnes qui le lui auraient reproché. La succession d’Omar Bongo doit se passer selon les règles de la démocratie. C’est au parti démocratique gabonais PDG [parti du président, Ndlr] de désigner son candidat. Je crois que cela devrait se faire sans grande difficulté. Le problème peut se poser au sein de la majorité présidentielle qui risque d’éclater au moins provisoirement, en raison des velléités des divers partis qui doivent se dire que le jeu sera un peu plus ouvert.

Afrik.com : Comment voyez-vous l’avenir du Gabon sans Omar Bongo ?
Elikia M’Bokolo :
 Le successeur d’Omar Bongo aura déjà le devoir de consolider ses acquis : la paix et la stabilité. Ensuite, il devra poursuivre la construction du pays, notamment des infrastructures, entamée par Omar Bongo, avant de s’attaquer au projet d’instauration d’un Etat providence laissé par le défunt président. Omar Bongo voulait, avant sa mort, assurer une meilleure redistribution des ressources aux Gabonais avec, entre autres, l’instauration d’une sécurité sociale. Dans le contexte actuel de la crise internationale, le futur président du Gabon aura de la peine à accélérer ce projet. Sa mission sera très difficile à réaliser. Les Gabonais lui demanderont de faire au moins aussi bien que Bongo.

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